La frontière entre le Népal et le Tibet panse ses blessures après une catastrophe d'une rare violence. Mercredi, l’effondrement d’un glacier a déclenché un torrent de boue et d’eau qui a tout balayé sur son passage. Le bilan provisoire fait froid dans le dos : au moins 392 morts et plus de 1400 personnes portées disparues. Les secours continuent de chercher des survivants, mais l’espoir s’amenuise d’heure en heure.
Sur place, les témoignages décrivent une scène apocalyptique. Des véhicules ensevelis, des ponts arrachés, des habitations réduites à l’état de débris. La boue a tout recouvert sur son passage, laissant les survivants sous le choc, hagards, couverts de terre.
Un bilan humain qui s’alourdit au Népal et au Tibet
La police népalaise a confirmé jeudi un bilan provisoire de 392 morts. Côté népalais, 910 personnes manquent à l’appel. Côté tibétain, 558 personnes sont introuvables, selon les autorités chinoises. Trois décès ont été confirmés dans cette région.
Le village de Soley, dans le district de Nuwakot, illustre l’ampleur du désastre. Ses 25 habitations ont été presque entièrement rayées de la carte. Nirajan Paudyal, un journaliste de Katmandou, s’y est rendu pour chercher sa famille. « Je n’ai toujours aucune nouvelle. Je crains qu’il n’y en ait jamais », a-t-il confié, désespéré.
Des étrangers parmi les disparus
La tragédie dépasse les frontières. Selon l’Office national du tourisme népalais, 517 ressortissants étrangers figurent parmi les disparus. On compte notamment 178 Indiens, plus de 60 Américains, et des ressortissants de 30 autres pays.
La ministre canadienne des Affaires étrangères, Anita Anand, a annoncé que 30 Canadiens ou résidents permanents étaient portés disparus. Du côté chinois, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Lin Jian, a indiqué que près de 100 citoyens chinois étaient recherchés côté népalais et que 260 étrangers manquaient à l’appel au Tibet.
Le gourou indien Sadhguru Jaggi Vasudev a également fait part de son inquiétude sur X : 77 pèlerins de sa fondation, qui se rendaient au mont Kailash, ont été piégés par les crues soudaines.
Une course contre la montre pour les secours
Dans les zones sinistrées, les opérations de sauvetage se poursuivent dans des conditions extrêmes. Des hélicoptères de l’armée népalaise ont évacué plus de 100 personnes jeudi matin, selon le général de brigade Raja Ram Basnet. Parmi elles, au moins huit ressortissants étrangers ont été transportés à Katmandou.
Les sauveteurs ont aussi réussi à extraire des personnes bloquées dans des installations hydroélectriques. Mais les dégâts matériels compliquent considérablement leur tâche. Des dizaines de ponts ont été détruits et près de 40 kilomètres de routes sont endommagés, isolant de nombreux villages.
Sur le terrain, l’urgence humanitaire s’organise
La Croix-Rouge népalaise est passée en mode secours à grande échelle. Son président, Bishal Kumar Bhandari, a indiqué que 1200 personnes ont été déplacées depuis au moins trois villages. Des camps d’hébergement commencent à se monter, mais les besoins sont immenses.
Côté tibétain, la situation est tout aussi préoccupante. La coulée de boue près du poste-frontière de Gyirong a laissé une couche de débris de plus d’un mètre et demi d’épaisseur. Certains tronçons routiers sont recouverts de plus de deux mètres de boue, selon la télévision publique chinoise CCTV. Les routes d’accès sont toutes endommagées et des glissements de terrain secondaires restent à craindre.
Pourquoi cette catastrophe est-elle arrivée ?
L’origine de la tragédie est désormais claire. L’Institut d’études géologiques des États-Unis (USGS) avait d’abord détecté un séisme de magnitude 4,4 mercredi matin. Après analyse, il s’agissait en réalité de l’effondrement d’un glacier, d’une magnitude équivalente à 5,2.
Les sismologues ont utilisé les données des stations voisines, les ondes de longue période et les images satellites pour confirmer cette hypothèse. Aucun séisme n’a eu lieu. C’est bien la rupture d’un glacier qui a provoqué cette gigantesque coulée de débris.
Les climatologues du Centre international pour le développement intégré des montagnes, à Katmandou, partagent cette analyse. Ils évoquent une avalanche glaciaire à l’origine de la crue soudaine.
Le réchauffement climatique en toile de fond
Cette catastrophe n’est malheureusement pas un cas isolé. Le système glaciaire himalayen devient de plus en plus instable. En août 2025, un lac glaciaire au Tibet avait déjà débordé à cause des températures élevées, tuant neuf personnes.
Les chercheurs de Katmandou ont constaté que les glaciers de l’Hindu Kush-Himalaya fondent à un rythme accéléré. Le taux de perte de glace a doublé depuis 2000. Les pentes abruptes et les vallées densément peuplées de la région sont particulièrement exposées aux inondations et aux glissements de terrain.
Pour les populations locales, l’heure est à la fois au deuil et à l’inquiétude. Comment se protéger face à de telles catastrophes ? Les experts appellent à renforcer les systèmes d'alerte précoce et à mieux surveiller les glaciers instables. Mais pour l’instant, la priorité reste de retrouver les disparus et de porter secours aux survivants.
Les opérations de recherche se poursuivent, portées par l’espoir ténu de retrouver encore des vivants. Sur les réseaux sociaux, des familles partagent des photos de leurs proches, dans l’attente d’une nouvelle qui ne vient pas. Une attente insoutenable, alors que la boue continue de receler ses secrets.
Ce que tu peux retenir de cette catastrophe :
- 🕯️ 392 morts confirmés, un bilan qui pourrait encore s’alourdir
- 🔍 1400+ personnes portées disparues, dont de nombreux étrangers
- 🚁 Des centaines de personnes secourues par hélicoptère
- 🏚️ Des villages entiers rayés de la carte, notamment à Nuwakot
- 🌡️ L’effondrement d’un glacier provoqué par le réchauffement climatique
- ⚠️ Des risques de glissements de terrain secondaires toujours présents

Reporter pendant cinq ans à Géo et Grands Reportages, installée à Mylapore depuis 2018. Coordonne une équipe franco-indienne et publie sur Chennai, le Tamil Nadu et l’Inde du Sud. Obsédée par les marchés tamouls et la filter coffee.