Imagine des files de voitures devant toutes les stations-service. En Russie, la scène devient banale. Moins de trois stations sur dix sont encore opérationnelles. La pénurie de carburant s’aggrave, et les frappes ukrainiennes en sont la cause directe. Le conflit Ukraine-Russie s’invite désormais dans le quotidien des automobilistes russes.
L’application Gdebenz suit le carburant disponible. Mercredi, seulement 28% des stations vendaient de l’essence. La semaine précédente, elles étaient 41%. La chute est brutale, surtout à Moscou, où une station sur dix vend encore de l’AI-92 selon Yandex Fuel.
Une pénurie de carburant qui s’étend à tout le pays
Les restrictions se multiplient. Gazprom Neft limite les pleins à 40 litres. Tatneft plafonne à 50 litres pour l’essence et 60 pour le diesel. Le site Benzinmap recense des mesures de rationnement dans presque toutes les régions.
Les méthodes varient : volumes limités par client, QR codes, ou circulation alternée selon les plaques. Autant de signes d’une crise énergétique que la Russie n’avait pas connue depuis l’époque soviétique. Tu te demandes comment le pays en est arrivé là ? La réponse se trouve dans le ciel ukrainien.
- ⛽ Plafonnement des volumes vendus par client
- 📱 Rationnement via QR code
- 🚗 Jours de circulation selon le numéro d’immatriculation
- 🛢️ Restrictions sur les pleins dans les stations des grandes compagnies
Les frappes ukrainiennes, à l’origine de la crise
Depuis le début de l’année, l’Ukraine cible les infrastructures pétrolières russes. Début juillet, toutes les grandes raffineries avaient déjà été touchées au moins une fois. En août, une douzaine d’autres ont suivi, dont Iaroslavnefteorgsintez et deux raffineries au Bachkortostan.
Selon Forbes Russie, les sites endommagés représentent 54% de la capacité de raffinage. La production d’essence tombe à 75 000 tonnes par jour. La demande, elle, atteint 115 000 tonnes. Le déficit est énorme.
Poutine minimise, la réalité s’impose
Vladimir Poutine qualifie la situation de « non critique ». Il l’a répété mercredi. Mais les files d’attente et les stations fermées racontent une autre histoire. Les infrastructures du pays sont à genoux.
Importations et blocages logistiques
La Russie importe désormais du carburant. Le Bélarus livre des quantités record : 212 000 tonnes d’essence en juillet. Le Kazakhstan aide aussi. Et un cargo a amené de l’AI-92 depuis le Maroc, une première.
Mais une partie de ces importations reste bloquée à Mourmansk. Fournisseurs et régulateur ne s’entendent pas sur les prix. Les stocks s’accumulent sans atteindre les stations-service.
Prix en hausse et carburants de moindre qualité
Le prix du litre d’essence atteint 70 roubles en moyenne. Dans certaines régions, il dépasse 100 roubles, soit environ un euro. Le diesel a augmenté de 12% au premier semestre.
Pour répondre à la demande, la Russie autorise à nouveau les essences Euro-2, Euro-3 et Euro-4. Ces carburants polluants, interdits depuis des années, refont surface. La logistique est devenue un casse-tête quotidien, et le gouvernement tente de limiter la casse.
Une guerre d’usure qui épuise la Russie
Les frappes ukrainiennes visent clairement l’économie russe. Chaque raffinerie touchée aggrave la pénurie. Chaque importation bloquée allonge les files d’attente.
À Volgograd, cinq habitants ont été interpellés après avoir dénoncé le rationnement. À Perm, un homme a été condamné pour avoir manifesté seul. Le mécontentement gronde, mais la riposte est muselée.
La Russie vit sa pire pénurie de carburant depuis des décennies. Les stations-service ferment les unes après les autres, et l’automne s’annonce critique. la logistique, les prix et la politique s’entremêlent dans une crise sans fin visible.

Reporter pendant cinq ans à Géo et Grands Reportages, installée à Mylapore depuis 2018. Coordonne une équipe franco-indienne et publie sur Chennai, le Tamil Nadu et l’Inde du Sud. Obsédée par les marchés tamouls et la filter coffee.